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OpenStreetMap : comment contribuer depuis votre smartphone sans être développeur

OpenStreetMap : comment contribuer depuis votre smartphone sans être développeur

12 min. de lecture

Dans le cadre de mes études d’ingénieur à Polytech Nancy, j’ai passé plusieurs mois à Toulouse pour réaliser mon stage de 4ème année au sein de l’entreprise Iwit Systems. C’était la première fois que je m’installais plusieurs mois dans une ville du sud de la France. Jusque-là, mes seules excursions dans ces régions se limitaient aux vacances en famille près de la côte méditerranéenne.

C’est dans ce contexte que j’ai voulu explorer la ville et ses nombreux lieux incontournables : le Capitole, le canal du Midi, les bords de Garonne, le Pont Neuf, et bien d’autres encore.

Pour allier l’utile à l’agréable, j’ai installé sur mon téléphone l’application StreetComplete afin de contribuer, au fil de mes balades, à l’un des plus grands projets open source au monde : OpenStreetMap .

Dans cet article, je vous explique ce qu’est OpenStreetMap, pourquoi ce projet a retenu mon attention, et comment j’ai utilisé StreetComplete pour contribuer concrètement tout en explorant la ville rose.

OpenStreetMap, qu’est-ce que c’est exactement ?

Un projet communautaire né en 2004

OpenStreetMap (OSM) est né en 2004 à Londres, sous l’impulsion de Steve Coast . L’idée de départ était de créer une carte du monde libre, collaborative et gratuite, à la manière de ce que Wikipedia a fait pour l’encyclopédie. À l’époque, les données géographiques de qualité étaient soit inaccessibles, soit verrouillées derrière des licences propriétaires très restrictives.

Vingt ans plus tard, le projet a largement tenu ses promesses. OpenStreetMap compte aujourd’hui plus de 10 millions d’inscrits à travers le monde, dont plus de deux millions ont déjà modifié la carte (statistiques du projet). La base de données contient plusieurs milliards de nœuds, chemins et relations décrivant routes, bâtiments, rivières, forêts, commerces et infrastructures. Pratiquement tous les pays du globe y sont représentés, avec des niveaux de détail qui surpassent parfois les cartes commerciales sur certains territoires.

La gouvernance du projet est assurée par l’OpenStreetMap Foundation, une organisation à but non lucratif basée au Royaume-Uni, qui maintient l’infrastructure technique et veille au respect des valeurs du projet.

Des données libres là où Google Maps ne va pas

Ce qui distingue fondamentalement OpenStreetMap de ses concurrents comme Google Maps ou Apple Plans, ce n’est pas seulement l’aspect collaboratif, c’est aussi la licence des données. L’ensemble du contenu OSM est publié sous licence ODbL (Open Database License) . Cela signifie que n’importe qui peut télécharger, utiliser, modifier et redistribuer ces données, à condition de citer la source et de repartager les améliorations sous la même licence.

Cette liberté ouvre des portes que les solutions commerciales ferment. Google Maps impose des conditions d’utilisation strictes, facture les appels API au-delà d’un certain volume et n’autorise pas la réutilisation des données brutes. OSM, lui, peut être intégré dans n’importe quelle application sans frais, déployé hors ligne sur des zones sans connexion internet, ou adapté à des usages très spécialisés.

C’est particulièrement précieux dans certains contextes : les ONG qui interviennent en zones de crise, les équipes de recherche en urbanisme, les développeurs d’applications d’accessibilité pour les personnes en situation de handicap, ou encore les projets en zones rurales où Google Maps ne propose qu’un désert cartographique. Sans parler du respect de la vie privée : OSM ne vous traque pas, ne monétise pas vos déplacements, et ne vous profile pas à des fins publicitaires.

Capture d'écran de StreetComplete : obtention du badge d'accessibilité de niveau 4

Les applications et projets qui s’appuient sur OSM

L’écosystème bâti autour d’OpenStreetMap est particulièrement vaste. Parmi les applications de navigation, Organic Maps et OsmAnd sont des alternatives respectueuses de la vie privée qui permettent une navigation hors ligne complète basée sur les données OSM.

Du côté des usages humanitaires, la Humanitarian OpenStreetMap Team (HOT) coordonne des campagnes de cartographie d’urgence lors de catastrophes naturelles ou de conflits. En quelques heures après un séisme ou une inondation, des centaines de volontaires du monde entier cartographient les routes, hôpitaux et camps de réfugiés pour aider les équipes de secours sur le terrain.

L’encyclopédie en ligne Wikipedia utilise également OSM pour afficher les cartes associées aux articles géolocalisés. Wheelmap, une plateforme dédiée à l’accessibilité en fauteuil roulant, repose entièrement sur ces données. Les réseaux de transport public de nombreuses villes intègrent OSM pour leurs planificateurs d’itinéraires, et des géants comme Facebook (Meta) ou Amazon y contribuent massivement pour améliorer leurs propres services de logistique.

StreetComplete : l’application qui rend la contribution accessible à tous

Le principe des quêtes : répondre à des questions simples sur le terrain

De prime abord, contribuer à OpenStreetMap peut sembler complexe. L’éditeur de référence des contributeurs avancés, JOSM, est un logiciel de bureau puissant mais exigeant. Même l’éditeur web iD, intégré au site d’OpenStreetMap, demande un certain apprentissage pour ajouter des données de qualité sans introduire d’erreurs.

StreetComplete prend le contre-pied de cette complexité. L’application, développée par Tobias Zwick et ses contributeurs, est disponible sur Android (une version iOS est en cours de test). Plutôt que de vous laisser éditer la carte librement, elle détecte les données manquantes ou incomplètes dans votre environnement immédiat et vous pose des questions simples auxquelles vous répondez en quelques secondes.

Ces questions s’appellent des quêtes (quests en anglais). L’interface ressemble à un jeu, la carte affiche des marqueurs colorés représentant les quêtes disponibles autour de vous, et chaque réponse validée vous rapporte des étoiles. Aucune connaissance préalable en cartographie n’est requise. Si l’application vous demande quelle est la surface du trottoir devant vous, il vous suffit de regarder à vos pieds et de choisir parmi les options proposées (asphalte, pavés, terre…).

Capture d'écran de StreetComplete dans le centre de Toulouse : marqueurs de quêtes (horaires d'ouverture, stationnement, recyclage...) et compteur d'étoiles

Les modifications générées par StreetComplete sont très ciblées et difficilement sujettes à des erreurs grossières, ce qui rassure quant à la qualité des contributions.

Installer l’application et créer son compte OSM

StreetComplete est disponible gratuitement sur le Play Store de Google, mais aussi sur F-Droid, la boutique d’applications libres pour Android, ce qui est cohérent avec l’esprit open source du projet. Son code source est d’ailleurs publié sur GitHub.

L’installation ne prend que quelques secondes. Au premier lancement, l’application vous proposera de suivre une visite guidée très intuitive.

Pour envoyer vos réponses vers OpenStreetMap, il est nécessaire de lier vos contributions avec votre compte OSM. Vous pouvez le créer gratuitement sur openstreetmap.org.

Une fois lancée, l’interface principale vous présente une carte centrée sur votre position avec des marqueurs éparpillés. Chaque marqueur représente un élément cartographique pour lequel des données sont manquantes. Un badge indique votre score, et un menu de paramètres vous permet d’activer ou désactiver certains types de quêtes selon vos préférences.

Exemples de quêtes rencontrées sur le terrain

La variété des quêtes proposées par StreetComplete est impressionnante. En voici quelques exemples représentatifs en milieu urbain :

  • La surface des chaussées et trottoirs. L’application demande fréquemment de quel matériau est fait le sol d’une rue ou d’un chemin. Ces données sont cruciales pour les applications de navigation destinées aux vélos, aux poussettes ou aux fauteuils roulants.
  • La présence de rampes d’accès aux carrefours. Est-ce que le trottoir est abaissé au niveau de la route à cet endroit ? Une information capitale pour l’accessibilité PMR (Personnes à Mobilité Réduite), directement exploitable par des applications comme Wheelmap.
  • Les limitations de vitesse. Sur une route ou une avenue, quelle est la vitesse maximale autorisée ? Cette donnée manque souvent, surtout sur les voies urbaines où la limite découle implicitement de la réglementation locale.
  • Les horaires d’ouverture. Devant un commerce, une pharmacie ou un restaurant, l’application peut demander à quelles heures l’établissement est ouvert. Un vrai casse-tête à renseigner pour les endroits complexes, mais une information précieuse pour quiconque cherche un lieu ouvert le dimanche matin.
  • Les noms de rues et numéros de bâtiments. Dans certains quartiers moins bien cartographiés, des tronçons n’ont pas encore de nom dans OSM. L’application vous invite alors à consulter le panneau visible depuis le trottoir et à le saisir.
  • Le mobilier urbain. La présence de poubelles, bancs, éclairages publics ou bornes incendie constitue un inventaire étonnamment utile pour la planification urbaine et les services d’urgence.
Capture d'écran de StreetComplete : exemple d'une quête sur un croisement piéton

Comment j’ai cartographié Toulouse en me baladant

Une balade du soir, quête après quête

Ma session de contribution toulousaine a eu lieu un samedi soir de fin avril, lors d’une balade d’une trentaine de minutes dans le sud de la ville. Téléphone en main, il me suffisait de suivre les marqueurs affichés par StreetComplete et de répondre aux questions au fil de ma progression.

Sans surprise en milieu urbain, la plupart des quêtes concernaient les cheminements piétons :

  • La surface des chemins et des rues (bitume, pavés, gravier…) : 13 modifications.
  • Les passages piétons : présence d’un marquage au sol, d’un feu de signalisation, d’un îlot central ou de bandes d’éveil de vigilance : 11 modifications.
  • La hauteur des bordures de trottoir, pour savoir si elles sont abaissées au niveau de la chaussée : 9 modifications.
  • Les bandes d’éveil de vigilance au niveau des bordures : 3 modifications.

J’ai aussi eu l’occasion d’identifier le type d’une borne anti-stationnement, de relever le numéro inscrit sur une borne incendie, et de confirmer qu’un distributeur automatique existait toujours. Enfin, j’ai renseigné le nom et les horaires d’ouverture d’un centre de kinésithérapie.

Le bilan en chiffres

En seulement une demi-heure de marche, cette simple balade a représenté :

  • 42 modifications envoyées à OpenStreetMap, réparties en 13 lots de modifications (changesets), StreetComplete regroupant intelligemment les modifications par type de quête ;
  • 13 types de quêtes différents accomplis ;
  • 23 modifications sur 42 (soit plus de la moitié !) qui concernent directement l’accessibilité : hauteur des bordures, bandes d’éveil et équipement des passages piétons.

À quoi servent concrètement ces données cartographiques ?

Des usages souvent invisibles mais essentiels

Les données ajoutées par des contributeurs comme vous et moi ont des applications bien plus larges qu’on ne l’imagine. Si la navigation GPS est l’usage le plus évident, c’est loin d’être le seul.

Pour les services d’urgence, une carte précise et à jour peut faire la différence : savoir qu’une rue est à sens unique, qu’un passage est piéton ou qu’un bâtiment dispose d’une entrée accessible permet aux équipes de secours de planifier leurs interventions plus efficacement.

Pour l’accessibilité, les données sur les rampes, les surfaces et les obstacles permettent à des applications de calculer des itinéraires praticables en fauteuil roulant ou avec une poussette. Chaque trottoir documenté améliore l’autonomie de milliers de personnes.

Pour la recherche académique et l’urbanisme, les données OSM alimentent des études sur la mobilité douce, la densité commerciale, la répartition des équipements publics ou l’impact des aménagements cyclables.

Pour les transports publics, de nombreux opérateurs s’appuient sur OSM pour enrichir leurs planificateurs d’itinéraires avec des données de terrain (accès aux quais, présence d’ascenseurs, connexions piétonnes) que leurs propres systèmes internes ne capturent pas.

L’effet papillon : une donnée locale, un impact mondial

Une seule réponse dans StreetComplete peut sembler anodine. Pourtant, dès son envoi, cette modification rejoint la base de données mondiale. Elle est ensuite reprise par toutes les applications et tous les services qui s’appuient sur OSM au fil de leurs mises à jour.

C’est toute la force d’une base de données libre : la contribution n’est faite qu’une fois, mais elle profite à tout le monde, sans qu’aucune entreprise ne puisse s’en attribuer le monopole. Et ces petites contributions s’additionnent. En ajoutant chacun quelques détails autour de chez soi, ce sont des millions de contributeurs qui construisent ensemble une carte qu’aucune organisation n’aurait pu produire seule.

Contribuer à OSM, c’est à la portée de tout le monde

StreetComplete transforme chaque sortie en opportunité. Que vous promeniez votre chien le matin, que vous alliez faire vos courses, ou que vous découvriez une nouvelle ville en voyage, l’application vous suggère des quêtes adaptées à ce que vous croisez.

Pas besoin d’être développeur, ni même de connaître la technique derrière OpenStreetMap, un smartphone, un compte gratuit et un peu de curiosité suffisent. Chaque quête complétée rend la carte un peu plus précise, pour vous comme pour tous ceux qui l’utiliseront après vous.

Alors, la prochaine fois que vous sortez vous promener, pourquoi ne pas installer StreetComplete et répondre à quelques quêtes autour de chez vous ?

Envie de découvrir un autre projet open source ? Je vous présente Domain Watchdog, l’outil de surveillance de noms de domaine que je développe (article en anglais).

FAQ

OpenStreetMap est-il vraiment gratuit ?

Oui. La carte et ses données sont libres et gratuites, publiées sous licence ODbL. Vous pouvez les consulter, les télécharger et les réutiliser, y compris dans un projet commercial, à condition de créditer « © les contributeurs d’OpenStreetMap » et de partager vos améliorations de la base de données sous la même licence.

Faut-il un compte pour utiliser StreetComplete ?

Vous pouvez explorer la carte et les quêtes sans compte. En revanche, pour que vos réponses soient envoyées et liées à votre profil dans la base de données d’OpenStreetMap, il faut vous connecter avec un compte OSM, que vous pouvez créer gratuitement.

StreetComplete est-il disponible sur iPhone ?

Pas encore officiellement. L’application est disponible sur Android, via le Play Store et F-Droid. Une version iOS est en cours de développement et de test au sein du projet, sans date de sortie annoncée à ce jour.

Mes contributions sont-elles publiques ?

Oui. Chaque modification apportée à OpenStreetMap est publique : elle est rattachée à votre nom d’utilisateur OSM et horodatée. Si vous ne souhaitez pas apparaître sous votre vrai nom, choisissez simplement un pseudonyme lors de la création de votre compte.

Que se passe-t-il si je me trompe dans une réponse ?

Pas de panique : StreetComplete permet d’annuler vos dernières réponses depuis l’historique de l’application. Et comme toutes les modifications sont publiques, les autres contributeurs de la communauté peuvent aussi repérer et corriger une erreur.